Feed moi !

Feed moi !

Il y a plusieurs mois, un collègue me parle d’une série de livres qu’il finit par me conseiller : « Feed », de Mira Grant. Un ensemble de trois livres pour raconter le monde d’après, mais en un peu moins sympatique que ce qui se passe maintenant, ce qui n’est déjà pas très enviable. Imaginez : le Sars-Cov-2 fricoterait avec le virus Ebola et de leur union naitrait un virus tout nouveau, avec la gravité du dernier et la virulence du premier. Vous l’avez ? Le postulat de départ de Mira Grant n’est, il est vrai, pas tout à fait le même, puisque les deux virus coupables sont un virus grippal banal et un autre destiné à soigner le cancer (!). Cependant le résultat est là, et le virus issu de leur recombinaison conduit à zombifier les individus étant en contact avec lui. Et quand on sait qu’il existe 600000 à 800000 virus sur la planète qui pourraient passer à l’homme en raison de la perte de biodiversité ( sans parler des virus susceptibles de sortir de terre après le dégel du permafrost par exemple), il y a vraiment de quoi s’inquiéter. Ce qui est aussi intéressant dans la description du monde d’après Mira Grant, c’est que les inégalités ne changent pas vraiment. Les riches restent riches et les conservatismes perdurent.

Le livre 1 décrit une campagne d’élection présidentielle américaine suivie par une équipe de blogueurs professionnels, Shaun et Georgia. Ils sont très bien organisés avec des personnes spécialisées pour le terrain (les « irwins ») ou l’écriture. Et au cours de cette épopée, ils découvrent un complot à l’échelle des États-Unis visant la présidence de la république, sur fond de zombies prêts à manger de la viande fraîche. On est bien happé par l’intrigue et l’aspect « zombies » reste en toile de fond, même si ces derniers sont toujours présents et prêts à mordre dans le vif. Dans les deux autres opus (livres 2 et 3), on découvre progressivement que le complot mis à jour n’est peut-être pas celui que l’on pensait. S’ensuit des visites du CCPM (le « Centre pour le Contrôle et la Prévention des Maladies ») qui n’est apparemment pas aussi blanc que ses locaux. On se plaît à retrouver les protagonistes dans cette aventure. La question de l’identité est ici abordée de façon originale à travers une histoire de clonage. Pourriez-vous rester/tomber amoureux d’un clone de votre moitié si celle-ci devait passer l’arme à gauche ? Je parle d’un clone qui aurait au moins 95% des souvenirs, des affects, de « l’âme » de l’original ? Un véritable individu, qui n’est pas votre moitié mais presque. Pas si simple de répondre à cette question.

Quoi qu’il en soit, l’histoire se lit facilement et à plusieurs endroits du récit on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec la cerise sanitaire de la Covid-19. Juste pour donner un exemple voici un paragraphe extrait du livre 3 :

« Même en tant qu’irwin, je ne jurais que par le respect de ces règles. Jusqu’au jour où ma route a croisé celle du Dr Abbey, qui s’en tenait au minimum vital, question sécurité ; elle m’a fait comprendre que les tests que nous subissons quotidiennement sont inutiles. Si vous n’avez pas été exposé ou n’êtes pas sorti, pourquoi se planter une aiguille dans le doigt ? Ça ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà… mais ça renforce l’idée que nous avons de bonnes raisons d’avoir peur, toujours, que notre humanité, tellement fragile, dépend de la surveillance constante du gouvernement. »

Il n’est pas question ici de débattre sur le fond de ce qui est dénoncé, juste de remarquer que ce débat existe aujourd’hui avec la crise sanitaire du Sars-Cov-2 et qu’on en retrouve une trace dans ce récit. Et il y a nombreux autres passages pour lesquels on pourrait faire le même genre de rapprochement. Bref, une série qui résonne dans l’actualité de ces années 2020/2021. Finalement je remercie Thomas de m’avoir aiguillé sur cette œuvre littéraire et même si ce n’est pas un livre incontournable il me semble que c’est le bon moment pour le… dévorer.

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